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MAQUIS de LA PAUZE

 LA PAUZE
Commune de Vollore-Ville, correspond à la partie septentrionale des monts du Forez, sur le versant limagnais. C’est un pays de demi montagne où les altitudes varient de 600 à 1000 mètres ; pays de croupes, de puys, de sommets, de grüns, très compartimenté, entaillé de petites gorges, de vallons, à quelque trois kilomètres du massif du Chignore.
Il y a, à cet endroit, un replat, limité, à l’est, par la rivière.
Le Couzon y creuse une vallée encaissée que longe la route allant de Courpière à Vollore-Montagne. En 1944, ce n’était qu’une étroite route empierrée et cahotante. A l’ouest, les chemins dévalent la pente vers les côtes de Vollore-Ville, plantées de vigne, ou vers celles d’Aubusson et la plaine courpiéroise.
De janvier 1944 à la fin du mois d’août, un certain nombre d’événements ont marqué la proche région. Les faits importants sont connus par le retentissement dramatique qu’ils ont produit : arrestations, rafles, interrogatoires, emprisonnements, déportations, exécutions, sabotages, combats, attaques contre les dépôts d’armes, de matériel… tout cela jusqu’à la libération finale. Ces faits ont été enregistrés dans l’histoire de la Résistance et figurent dans les nombreux ouvrages consacrés à cette période.
Pas une seule ligne n’a été dédiée au MAQUIS DE LA PAUZE
C’est pour rendre un devoir de mémoire aux Résistants de cette époque et de ce maquis que cet article a été écrit. Mais c’est aussi aux habitants des « villages balcons » perchés sur la rive gauche de la haute vallée du Couzon que nous voulons rendre hommage, ces paysans, pour la presque totalité, qui leur ont donné assistance, refuge, qui les ont protégés, nourris, parfois sauvés, faisant preuve dans certains cas d’une surprenante présence d’esprit, au risque de tragiques représailles.
Cet article a été écrit à la suite de témoignages de gens âgés, parfois presque centenaires, qui ont vécu les événements. Parfois aussi, c’est une veuve survivante qui a contribué à la relation des faits.
Ce lieu isolé, accessible par un petit chemin en demi-épingle à cheveux, correspondait aux emplacements privilégiés des camps FTPF de la région, camps éparpillés dans le massif selon les choix déterminés par Henri Chauny et suivant les directives nationales de Charles Tillon. Comme d’autres camps de la région : Chossière, les Raillères, la Jallerie… la Pauze était en « bout de piste » sur un chemin, seul accessible à des véhicules motorisés ; dans « son dos » un réseau de sentes, de chemins étroits se perdaient dans le couvert des bois et les chaos de rochers permettant, en cas de danger, une dispersion rapide et la liaison avec les autres groupes. En outre, il était possible, sans traverser d’agglomérations importantes de rejoindre Thiers, Billom, Olliergues, Noirétable, Viscomtat… Quant aux terrains de parachutage envisagés, il n’auront pas à servir, le Gouvernement de Londre ayant délibérément écarté l’envoi de containers aux FTPF , d’obédience communiste.

 LE MAQUIS DE LA PAUZE, 1944

Il y avait donc, à la Pauze, la ferme habitée par la famille GORCE, et, au bout du chemin, les bâtiments où cantonnaient de vingt à trente hommes, juste à côté du vieux château féodal dont les ruines abritaient deux vastes caves souterraines.
 Ce groupe dépendait du 104ème bataillon FTPF Guy Mocquet commandé par le commandant Pigeon, alias Rossignol. En permanence, le camp était surveillé par trois postes de guet dont un « planqué » dans des blocs de rochers du Pin de la Pauze qui servait d’antenne pour le poste émetteur.
Il nous a été impossible de savoir d’où venaient les maquisards et, après le 20 juillet, de savoir où ils sont partis.
Nous savons qu’ils se déplaçaient peu. On les a vus souvent par groupe de deux, aller dans les villages chercher du ravitaillement, rarement dans les cafés d’Aubusson ; ils se comportaient correctement et les paysans de la région les approvisionnaient en volailles, œufs, beurre, pain et en légumes, ces derniers offerts gratuitement (plusieurs témoignages concordants).
A travers les états de service dans la clandestinité de Henri……., alias Le Manouche (qui tient à garder l’anonymat) nous évoquons ces FTPPF, issus pour la plupart du milieu ouvrier, poursuivis pour des activités syndicales ou pour des opinions politiques révolutionnaires, parfois déserteurs des Chantiers de Jeunesse ou fuyant le STO, armés de matériel de fortune récupéré pendant la débâcle, puis dans l’attaque de certains dépôts.
A travers les actions d’Henri, c’est l’activité du maquis de la Pauze qui apparaît : liaison entre FTPF du nord de la Loire et ceux du Puy-de-Dôme, coups de mains aux transports d’armes, attaque de convois (15-06-1944 Courpière), combats de Vollore-Montagne (8 et 9 juillet), de Pont-St-Esprit, commune du Brugeron (22 août 1944), libération de Thiers (25 et 26 août 1944).
Combattants de l’ombre, témoins des heures sombres, des nuits glacées, de la mort toujours possible, combien restez-vous aux limites de la mémoire ?

 19 JUILLET 44. L’ENCERCLEMENT d’AUBUSSON D’AUVERGNE

Pendant cet été 1944, la région d’Aubusson connut un véritable chassé-croisé de patrouilles allemandes, de gens en quête de ravitaillement, de déplacements de maquisards isolés alors que les nouvelle de « Radio-Londres » laissaient présager la fin de la guerre et la libération du pays.
Déjà, en juin, deux maquisards de la Pauze, qui allaient porter un message aux Grimardies d’Augerolles, avaient été pris sous le tir d’une patrouille en traversant, à Saint Roch, entre la maison d’école et la Croix Neuve.
L’un réussit à s’enfuir ; l’autre, blessé, après avoir traversé le ruisseau du Couzon, disparut à la vue des SS et se cacha dans des broussailles, à bout de forces, la cuisse traversée par une balle, juste sous l’aine. C’est le père de Marc Gervais, du village de Gat, qui vint le chercher et le transporta, caché au fond du tombereau, sous une charge de trèfle, et le cacha chez lui. Le docteur Mathé vint lui donner les premiers sois et Marc se souvient parfaitement d’avoir assisté à la scène de chirurgie où le docteur avait d’abord soudé la plaie avec une tige.
Le lendemain, arrivait un second blessé transformant la ferme en hôpital de campagne où, d’après un autre témoignage, le docteur Berton venait donner des soins.
Parfois, venaient en visite 5 ou 6 gars du maquis de la Pauze. Un guetteur était posté à l’entrée du village pendant qu’ils en profitaient pour se baigner dans la mare. Après leur départ on effaçait soigneusement les traces des pneus
Parfois, une patrouille allemande s’arrêtait aux Bardinauds, au café Palazzi ou à Aubusson. Georges Raillère a vu sa petite salle réquisitionnée par les Allemands qui, après avoir placé une mitrailleuse sur la terrasse, avaient consommé leurs rations.
Souvenir aussi de ces quelques maquisards venus tard, le soir, dans l’arrière-salle où René Sartonger avait été invité à chanter des chansons de sa composition, imitées de Pierre Dac.
Et ce blouson de maquisard oublié dans un coin et qu’il fallut soustraire à la vue d’un visiteur SS.
On en plaisantait encore jusqu’à ce 19 juillet 44 où, à 3 heures de l’après-midi, le village d’Aubusson se trouva encerclé par les SS qui, déjà, avaient placé des fusils mitrailleurs à toutes les voies d’accès. Vingt à trente SS pour certains témoins, une centaine peut-être pour Madame Decouzon qui avait été arrêtée, avec son mari, dans un champ à proximité.
La place d’Espagne, vers le ruisseau et le café-restaurant Raillère, était gardée par 6 ou 8 tireurs au F.M. et les SS y rassemblaient les hommes du village de la Guetie et des maisons à l’est du bourg. René Sartonger qui s’apprêtait à sortir de chez lui pour aider aux fenaisons d’un voisin, avant l’orage, se trouva ainsi devant un Allemand qui, l’arme pointée sur la poitrine, lui intima l’ordre de prendre ses papiers et de la suivre jusqu’à la place d’Espagne où des hommes étaient rassemblés. Son copain Goutteratel le poussa le plus près possible de la berge. Il lui expliquera, après coup, qu’en cas de fusillade il l’aurait bousculé dans le ruisseau pour tenter de fuir. Au bout d’un moment, les « prisonniers » furent conduits sur la place de la Fontaine où 34 hommes attendaient, accroupis, au soleil, la suite des événements.
Au bout d’un moment le lieutemenant allemant les fit s’aligner et passa lentement en dévisageant chacun d’eux. Puis il en désigna deux : René Sartonger et Goutteratel qui furent conduits dans le café Dalègre, à mi-chemin des deux places où avait été mis en place un semblant de tribunal. Goutteratel d’abord, puis René furent interrogés, séparément, devant un aréopage de sept ou huit SS, armes pointées, assis sur des chaises disposées en arc de cercle, devant une table où siégeait l’Oberleutnant accompagné d’un interprète et d’un autre soldat.
Questions : vous êtes un terroriste ! Où sont cachés les autres « terroristes ! »… René s’évertuait à dire qu’il ne savait rien, qu’il n’y avait pas de maquisards sur la commune, qu’il avait autre chose à faire, avec sa mère veuve, qu’) s’occuper des affaires de la Résistance…
L’officier lui ordonna de saisir deux chaises et de les dresser à la force des poignets, plusieurs fois, en s’accroupissant (on se défiait ainsi aux repas campagnards…) L’officier arrêta le jeu et tira profit de ce que les mains du jeune homme étaient tremblantes de l’effort fourni pour lui dire : « Vous, terroriste, vous avez peur et vous trembles !... »
Devant les dénégations de Sartonger, l’officier écrasa de sa main valide (retenons le détail) sa cigarette et lui cria : « Raoust ! ».
Sur la place, les soldats semblaient plus calmes, après l’intervention de Georgette Parisot, Alsacienne réfugiée, parlant l’allemand, qui avait entendu les SS dire « il faut bruler le village » et était intervenue auprès de l’officier, lui faisant remarquer qu’on « brûlerait des innocents ».
De son côté, Louis Decouzon, libéré pour maladie, après quatre ans de camp en Allemagne, demanda la grâce des prisonniers.
La colonne quitta Aubusson en fin d’après-midi et s’arrêta à Vollore-Ville où elle cantonna dans les communs du château ; Jean Goutte fut réquisitionné pour fournir de la paille et du foin.
Pendant ce temps, des femmes d’Aubusson allaient à la Pauze pour informer le maquis. Les FTPF transportèrent alors dans une grange appartenant à Monsieur Rigaud, au village de la Brousse, tout le matériel, armes, munitions, vélos, stock de pneus…

L’INCENDIE DE LA PAUZE

Le lendemain, donc le 20 juillet, un mercredi, la colonne traversait Aubusson, vers six heures du matin et, après avoir ordonné à Neuville de les guider, les SS s’engagèrent dans la vallée du Couzon. A Pierre Blanche, ils tirèrent des rafales, un peu au hasard, semble-t-il.
Il semble évident que le 19, au soir, à Vollore-Ville, où existait un petit groupe de collaborateurs, le lieutenant SS a été informé sur l’existence et la localisation du maquis de la Pauze NDLR
Question sans réponse : pourquoi se font-ils remarquer par ces tirs non justifiés, le long de leur progression ?
Supposition : il s’agit vraisemblablement de la même colonne SS engagée au terrible affrontement de Vollore-Montagne. Craignait-elle que le combat, dans une situation inversée (les maquisards à l’abri), ne tourne à leur désavantage ? Seul le lieutenant Zünkle pourrait répondre. Cf note
.en fin d’article.
A sept heures environ, ils étaient à la Pauze, une mitrailleuse était mise en place sur la route du Bessset, à hauteur du chemin du Mont.
Les témoins sont formels sur cette intervention observée de Libertie (Mme Londiche, Jacques Taillandier et André Boudier), du Ménadier (Albert Rigaud, Sarland, les habitants du village), du Mont (Francisque Sauzedde et sa mère), Le Mayet (Colette Burias).
Les SS ne trouvèrent que des traces de l’existence d’un maquis, y compris une énorme gamelle de nouilles dont il était difficile de justifier la destination.
A neuf heures, la ferme près des ruines brûlait, on voyait la fumée et, quand le feu ralentissait, on entendait les explosions des grenades jetées dans le brasier pour le raviver.
Du replat, les SS observaient à la jumelle et tiraient sur tout ce qui bougeait aux alentours, notamment sur deux faucheurs, Prosper Vial et Raymond Chambon, qui oeuvraient dans un pré, entre la Brousse et le Ménadier, et qui n’ont dû leur salut qu’en se jetant dans les fossés.
Il y avait au Ménadier une vingtaine de personnes à l’époque. Certaines étaient à une fenêtre d’angle, vite repérées par les Allemands. Des coups de feu crépitèrent et le mur d’Albert Rigaud a porté longtemps les points d’impacts des balles.
Francisque Sauzedde a vu l’incendie, les nuages de fumée, entendu les explosions et Colette Burias, au Mayet, a entendu les bruits des impacts des balles sur les chênes et le mur de son jardin. Monsieur Jacques Taillandier qui, de Libertie, observait la Pauze avec des jumelles, se souvient que le SS qui avaient abattu les porcs , dont une grosse truie, et dépecé les animaux en jetant les entrailles, ont quitté les lieux vers quatre heures de l’après-midi et qu’ils ont emprunté l’ancien chemin de la Pauze, à Aubusson.

 LA RAZZIA

Ils emmenaient avec eux les douze ou quinze vaches, les bœufs, les quartiers de porcs. Le fermier Ferdinand Gorce fut requis pour les conduire, avec sa fille, Yvonne, et son fils Robert. Le fils aîné, à l’arrivée des Allemands, avait fui dans les bois et des voisins l’avaient cherché toute la nuit. Il ne restait à la Pauze que Madame Gorce, avec un autre fils handicapé et les ruines du malheur.
Les Allemands firent halte aux Bardinauds. Le père d’Aimé Palazy y tenait un café. Le troupeau fut mis au vert dans un pré, le cheval dételé. Les SS commandèrent des boissons. Les boissons furent payées mais pas les œufs que des soldats avaient pris dans les nids et cuits dans une omelette. Lorsque le père Palazy s’approcha de Ferdinand Gorce pour lui offrir un verre de vin, son gardien prit le verre pour boire le premier puis le tendit à son prisonnier. C’est à ce moment précis que les nerfs de Ferdinand Gorce trahirent son émotion et sa détresse. La colonne reprit sa route pour arriver à l’école du Moutier de Thiers où le bétail « réquisitionné » fut livré à l’intendance. Ferdinand Gorce fut conduit à Moulins pour interrogatoire. Il devait y rester quelques jours, à partager sa captivité avec un certain Monseigneur Piquet, évêque de Clermont, qui sera déporté.
Paul Vallaude.
Les Gorce resteront encore quelques années à la Pauze avant d’aller à Saint Jean d’Heurs au village de chez Barrot où l’enfant handicapé se noiera accidentellement dans une mare. La maison des fils Gorce chez Barrot fut vendue, maintenant propriété Mondière. La maison de Ferdinand Gorce , à quelques pas, acquise par la Commune fût démolie pour devenir la place du village. Jean Marie, fils de Ferdinand, dernier membre de cette famille Gorce, est maintenant enterré dans le cimetière de Saint Jean d’Heurs sa tombe est entretenue par la Commune.

Note  : nous pensons que c’est le même officier, l’oberleutnant Wily Zünkle, qui commanda la colonne de Vollore-Montagne, les 8 et 9 juillet 44 et celle de la Pauze les 19 et 20 juillet. Nous avons fait le rapprochement entre la description faite par René Sartonger durant son interrogatoire : l’officier avait un bras mutilé, il manifestait une violence contenue et la description faite par Monsieur Charrier, secrétaire de mairie, instituteur à Vollore-Montagne (N° 61 Janvier 1986) – Résistance d’Auvergne : « Je suis devant le lieutenant Zünkle, grand, athlétique, jeune, 22 ans tout au plus, revenu de Russie, le bras gauche paralysé et atrophié par un éclat d’obus. Agité de la plus violente colère, il m’entraîne sur la place où sont alignés, sur son ordre les habitants du village… »Il serait étonnant qu’il y eût deux officiers ayant ces caractéristiques dans la garnison de Thiers.



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